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Une compétition sportive aux 17e-18e siècles

Posté par ensiludium sur 13-03-2013 19:09:53 (2539 lectures) Articles du même auteur


Il est une compétition qui exista pendant 150 ans, aux 17e et 18e siècle, et pour laquelle nous disposons d’informations suffisamment précises, ce qui est rare. Cet article a donc pour ambition de présenter cette compétition, en adoptant volontairement vocabulaires et normes modernes pour la décrire.



La sportivisation de l’escrime est un phénomène plutôt récent, un peu plus d’un siècle comme j’ai tenté de le décrire dans la Belle époque de l’escrime.

Mais pour autant, avant cette sportivisation, l’escrime ne s’est pas résumée à une seule question de vie ou de mort. Il fallait réaliser un apprentissage plus ou moins long, continuer à progresser, si on n’avait le temps et les moyens. Aussi, y a-t-il bien eu une pratique sportive de l’escrime. On n’en garde peu de traces, et souvent on l’occulte pour se focaliser sur le duel et d’autres formes de combat.

Parmi ces rares traces, il est une compétition qui exista pendant 150 ans, et pour laquelle nous disposons d’informations suffisamment précises, ce qui est rare. Cet article a donc pour ambition de présenter cette compétition, en adoptant volontairement vocabulaires et normes modernes pour la décrire.

Avant de présenter le règlement du matériel, le règlement d’organisation, et le règlement technique, il convient de présenter l’histoire de cette compétition.

I 150 ans de compétition : Le prix des deux épées

Le prix des deux épées fut une compétition sportive qui se déroula pendant à peu près 150 ans à Toulouse. Sa création dans la ville rose résulte de la conjonction de deux circonstances.

Tout d’abord, Toulouse organisait au printemps, depuis le 14ème siècle, ses célèbres jeux floraux qui voyaient récompenser les meilleurs poèmes d’une fleur de métal précieux (jeux floraux qui perdurent toujours aujourd’hui, et ce depuis sept siècles).

D’autre part, la profession de maître d’armes venait à la fin du 16ème siècle d’être réglementée pour devenir un métier juré.

Sous le règne de Louis XIII (1601-1643), sans que nous connaissions l’année précise, les maîtres d’armes de la ville de Toulouse décidèrent de créer une compétition destinée à leurs élèves, se déroulant pendant les Jeux floraux, au mois de mai. A l’instar de la compétition de poésie, le prix des deux épées étaient doté d’une récompense en métal précieux, financée par les maîtres d’armes : une épée à poignée de vermeil (argent recouvert d’or) et une épée à poignée d’argent. Le nom de la compétition en découlait naturellement.

Les capitouls, qui étaient les élus des quartiers qui administraient la ville depuis le 12ème siècle, avaient eu maille à partir avec les mainteneurs des jeux floraux qui étaient les juges de cette manifestation. En effet, si les capitouls finançaient les jeux floraux depuis les origines, les mainteneurs, composés au fil du temps de plus en plus de membres du Parlement, entendirent revendiquer une certaine indépendance des jeux.

Ainsi, il n’est guère étonnant que lorsque les capitouls proposèrent aux maîtres d’armes de financer le prix des deux épées, ils prirent quelques précautions pour y conserver la haute main à l’avenir. Ainsi, les capitouls devinrent les juges du prix des épées, en lieu et place des maîtres ; ce qui sans doute, n’était pas sans poser un problème de la compétence quant à l’arbitrage.

Le Prix de deux épées perdura jusqu’à la Révolution française, avec des périodes plus ou moins fastes. Ainsi, si le maître d’armes Jean Labat fait référence à ces jeux en 1682 et 1696, on apprend que le prix tomba en désuétude pendant un moment, et que ce fut Jean-Baptiste de Montaudier (1667-1730), capitoul et mainteneur des jeux floraux, qui en rétablit tout l’éclat en 1714.

Les maîtres d’armes tirèrent profit de ce prix. Sans doute, cela donna-t-il quelques motivations à leurs élèves de fréquenter la salle. Ensuite, leur écoles furent instituées en académie, et à l’image des maîtres d’armes de Paris, ils furent anobli, du moins au rang le plus bas, celui d’écuyer.

Quelques noms nous sont restés parmi les maîtres qui se succédèrent à Toulouse. Au premier rang, il faut citer la dynastie des Platte, qui pratiquèrent pendant plus de trois siècles, jusqu’à la Révolution. En 1782, Toulouse disposait de quatre maîtres d’armes : Jean Platte, Pujos père et deux de ses fils.

Jean-François Labat, maître juré, est le maître toulousain qui reste dans l’histoire pour avoir écrit trois traités d’escrime. C’est lui qui fournit les (brèves) informations les plus précieuses sur la manière d’arbitrer le prix.

II Règlement matériel

La tenue du tireur est libre. Rappelons cependant que le masque n’est pas encore en usage, et que l’on se contente de se coiffer de son chapeau. On porte un gant à chaque main.

L’arme utilisée est un fleuret. C’est une arme à lame flexible (puisqu’il ne s’agit pas de pénétrer les chairs – voir la planche tirées du traité de Labat 1696), qui est boutonné à l’extrémité grâce à un petit sac de cuir. Pour le reste, il n’existe aucune norme. Tout au plus peut-on conseiller l’arme la plus adaptée au tireur.

La taille du fleuret est ainsi libre : il sera préférable qu’il soit proportionné à la taille de l’escrimeur. Pour cela, on dresse le fleuret devant soi pointe en bas, et le pommeau doit atteindre au mieux le nombril et ne point descendre sous le niveau de la ceinture. La forme de la garde est totalement libre, et peut même disposer de branches. Il est tout à fait possible de donner une flèche à sa lame, là encore, on en dispose selon son choix.

III Règlement d’organisation de la compétition

Conditions d’inscription

Ne pourront participer que les toulousains, éligibles (au capitoulat) et exerçant une profession honorable (nobles, bourgeois, officier militaire…). Ils ne devront pas avoir manqué à l’honneur ou à la probité par des conduites scandaleuses ou des jurons en salle (Par exemple, en 1785, Jean-Auguste-Marie Revel est condamné à six mois de prison et 50 livres d’amende et exclut définitivement du prix pour les troubles et paroles qu’il a tenues lors des deux dernières séances de distribution du prix).

Ils devront avoir fréquenté la salle d’un maître d’armes toulousain et être à jour de leurs cotisations.

Seuls les tireurs ayant au moins un an d’escrime peuvent s’inscrire. En tout état de cause, même s’ils ont l’ancienneté de pratique suffisante, il faut au moins trois mois de salle dans l’année écoulée (au 1er juin) pour pouvoir participer.

La participation des maîtres d’armes, mais également de leurs enfants et neveux est proscrite.

Le règlement du prix est affiché dans les salles d’armes.

Calendrier

Le directoire technique, composé du mainteneur d’armes et de ses commissaires (élus parmi les arbitres), détermine le calendrier. Il se déroule lors des quatre ou cinq dimanches du mois de mai : les premiers dimanches correspondent aux qualifications, le dernier dimanche au tableau final.

Les inscriptions se feront à la salle du doyen des maîtres d’armes. Le mainteneur et ses commissaires vérifieront que les conditions sont bien respectées par l’élève : à ce titre, le directoire technique peut exiger avant d’inscrire un tireur sur la liste de le voir tirer en assaut afin de vérifier son niveau.

Le mainteneur et ses commissaires veilleront à la préparation de la salle de compétition.

Formule

- Qualifications : Pour être qualifié au tableau final, il faut gagner trois assauts de suite contre trois tireurs différents. On ne peut retomber à nouveau contre un adversaire qui nous a déjà battu. La perte de quatre assauts est éliminatoire.

- Tableau final : Les tireurs se rencontrent selon leur ordre de qualification : le premier qualifié contre le second, etc. On procède par élimination et les deux tireurs restants s’affrontent pour le prix.

Arbitrage

L’arbitrage sera assuré par messieurs les capitouls ainsi que les vainqueurs précédents du prix (il n’y a pas de limitation du nombre total d’arbitres).

Le règlement technique sera lu les jours d’assauts (débité).

Les touches qui n’ont pas été annoncées par l’arbitre ou qui ne font pas l’objet d’une réclamation à temps ne seront pas comptées.

Récompenses

Les récompenses sont offertes par la ville de Toulouse et seront remises le premier dimanche du mois de juin à la salle du jeu de paume. Elles seront au nombre de quatre :

- l’épée de vermeil au vainqueur, d’argent au second

- pendant une année, le droit à assister gratuitement à tous les spectacles de la ville

- la faveur de pouvoir porter l’épée à l’Hôtel de ville, à l’instar des capitouls.

- Le droit d’être arbitre du prix pour l’avenir.

IV Règlement technique

Manière de tenir l’arme

Le fleuret doit être tenu d’une main, sans que le tireur ne puisse en changer. Les coups portés à deux mains ou après changement de main sont annulés.

Vainqueur de l’assaut

Le vainqueur de l’assaut est le premier qui a donné trois touches valables.

Définitions des zones valables

La zone valable débute un pied (à peu près 30 cm) sous le menton et est matérialisé par une ceinture, et monte jusqu’au cou (le visage ne comptant pas). Le devant comme le dos sont dans la zone valable.

Coups dans une zone non valable

Les coups portés hors de la zone valable ne sont pas comptés et n’arrêtent pas l’assaut. Si les deux touchent, l’un hors de la zone valable, l’autre dans la zone valable, c’est ce dernier qui marque le point.

Coups dans une zone valable

Les attaques simultanées qui touchent valables ne donnent aucun point ; si l’un des tireurs recherche une telle action, alors il doit être considéré comme touché.

Dans la mesure où après avoir touché valable, on continue l’action en réalisant immédiatement une reprise ou une parade-riposte qui touche à un autre endroit que la première touche, cela est compté pour deux touches.

Utilisation de la main non armée

Celui qui utilise sa main non armée soit en opposition lorsqu’il attaque ou riposte, soit en parade pour se défendre, voit sa touche annulée. Dans la mesure où il a effectué une parade de la main, il est considéré lui-même comme touché.

Situation où l’arme tombe

Si on fait tomber l’arme de l’adversaire (suite à une parade, ou un froissement ou un liement), le coup n’est pas compté, sauf s’il porté dans le temps.

Sanctions : carton noir

Seront exclus de la compétition :

- les tireurs ayant donnés un coup de fleuret volontaire au visage.

- Les tireurs manquant de respect au public, aux juges, aux maîtres d’armes, ou à leur adversaire.

Conclusion :

On n’organise pas sur 150 ans une compétition avec le même règlement ; l’escrime au fleuret a évolué pendant cette période, et donc ce doit être aussi le cas du règlement également. Entre 1682 et 1696 (les deux livres de Labat), soit quatorze ans d’écart, le règlement a légèrement changé passant de 16 à 19 articles. Ainsi, la version présentée du règlement (technique) est celle de la fin du 17ème siècle.

Des évolutions, les sources en question y font références. Ainsi, le règlement de 1682 rappelle explicitement qu’auparavant, les coups au visage étaient sanctionnés par deux touches en faveur de l’adversaire. Le règlement des capitouls de 1782 semble limiter à seize le nombre des tireurs du tableau éliminatoire, ce qui n’était pas le cas avant. La question de la main non armée est sans doute sujette à débat : certes, tant en 1682 qu’en 1696, son usage est pénalisé par le règlement. Mais dans ses traités, si Labat les déconseille en 1682, il est beaucoup moins affirmatif en 1696. Peut-être parce que le maître d’armes parisien Liancourt a publié, en 1686, son traité qui est bien loin de les condamner. Le rejet sera très net en 1766 par la plume de Danet ; on peut en conclure que l’interdiction ou la pénalisation de l’usage de la main non armée a dû se produire progressivement dans les compétitions. Enfin, le règlement de 1782, qui pourtant ne se veut pas technique, tente manifestement de faire une remise en ordre sur les attaques intempestives : sans doute face à la multiplication des coups fourrés, il rappelle que tout coup de temps réalisé incorrectement devra conduire à donner la touche à l’adversaire (dans la mesure où celui-ci touche effectivement).

L'escrime n'est pas sujette au progrès. Le règlement du début du 17ème siècle est sans doute aussi respectable que celui de la fin du 18ème, ou même celui du début du 21ème. Les escrimes évoluent, et elles s’adaptent à des changements de contexte. Les quelques changements majeurs auront été sans doute ces derniers siècles, l’usage du masque à la fin du 18ème siècle, la sportivisation de l’escrime à la fin du 19ème siècle, et l’usage des appareils électrique au milieu du 20ème siècle.

On peut tout à fait pratiquer l’escrime sans connaître son histoire. Mais dès lors qu’on veut engager une réflexion sur l’escrime, sur son évolution, sur son devenir, ignorer cette histoire conduit à mal poser le questionnement, potentiellement se condamner à une certaine répétition d’erreurs, et ne pouvoir répondre en pleine connaissance de cause aux difficultés. Ainsi, nous ne pouvons que souhaiter que cette question de l’histoire du règlement du prix des deux épées soit approfondie. Des recherches dans les archives de Toulouse (idéal pour un mémoire de master d’histoire moderne ?) pourraient peut-être permettre de trouver d’autres règlements d’années différentes. Ces règlements étaient effectivement affichés en salle, et le règlement dit "de décision des coups" permet toujours de mieux saisir l’escrime pratiquée alors.

Bibliographie :

Labat, Jean-François, Abrégé de l'art en fait d'armes, Jean Boude imprimeur, Toulouse, 1682

Labat, Jean-François, L'art en fait d'armes, Jean Boude imprimeur, Toulouse, 1696

Labat, Jean-François, Questions sur l'art en fait d'armes, Guillaume Robert imprimeur, Toulouse, 1701

Réglemens faits par messieurs les Capitouls, concernant les prix des armes, Acte de la Ville de Toulouse, 1783

Raynal, Jean, Histoire de la ville de Toulouse, Toulouse, 1759

Baour, Jean-Florent, Almanach historique de la ville de Toulouse, 1782

De Santi, Escrimeurs et duellistes toulousains, Mémoire de l’académie des sciences de Toulouse, Tome VII, Imprimerie J. Bonnet, 1929

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