Entretien avec Frédéric Pietruszka à quelques semaines des élections fédérales

Date 07-02-2005 13:39:01 | Sujet : Info France

Frédéric Pietruszka, nous sommes à quelques semaines des élections fédérales auxquelles vous vous présentez. Pouvez-vous nous parler de votre programme ?

Tout d’abord, je voudrais rappeler que ces élections ne constituent pas une ambition personnelle. Le sujet fondamental de l’échéance de mars est bel et bien le futur projet de développement de l’escrime.
Le dossier numéro un, pour moi, est celui de la formation. En effet, nous pouvons raisonnablement compter sur une augmentation annuelle d’au moins 8 000 licenciés, et arriver, à terme, à dépasser les 100 000 adhérents. Mais, pour développer les structures nécessaires à cet accroissement et maintenir un bon niveau d’enseignement, nous devons impérativement former de nouveaux maîtres d’armes, au moins 80 chaque année. Il faut donc rapidement coordonner une réflexion avec l’ensemble des professionnels de l’escrime, notamment les maîtres d’armes et les présidents de clubs. Une des problématiques est de déterminer les solutions pour faire vivre et créer une dynamique professionnelle autour du métier de maître d’armes. Pour ce faire, je pense que les employeurs (les présidents de clubs) doivent se structurer pour pouvoir entamer un dialogue social avec les maîtres qui sont, eux, représentés, par exemple, par une organisation comme la FNMA.

Il faut également dresser un constat important. Alors que nous organisons des compétitions de renom, alors même que nous remportons des médailles olympiques et mondiales, nous souffrons terriblement d’un manque de partenaires. Nous devons absolument y remédier, d’autant plus qu’il faut, à terme, réussir à s’autofinancer. Nous sommes trop dépendants des subventions ministérielles, ce qui nous fragilise.
Il est nécessaire d’avoir une nouvelle approche globale de notre sport et cela sur plusieurs points. Si le haut niveau doit être toujours notre fer de lance, il ne constitue pas le seul axe de progression de l’escrime. L’escrime pour les 6-10 ans doit être redéfinie, être plus attractive. L’aspect ludique doit primer sur la technique. Il faut profiter de notre image culturelle (les trois mousquetaires, les mangas…) pour inciter les enfants à venir dans nos salles et à y rester. Il faut repenser la façon d’aborder l’escrime à cet âge en concevant une activité plus collective qu’individuelle.
Le sport loisir doit aussi être davantage reconnu. Tous les pratiquants n’ont pas pour objectif la compétition, du moins pas les compétitions de « haut niveau ». Ne négligeons pas ces escrimeurs qui représentent un nombre croissant de licenciés.
Enfin, il faut peut-être toucher les médias (et donc implicitement les sponsors) différemment en mettant en avant notre côté « multi-facettes ». En plus de nos épreuves qui fonctionnent très bien, nous pouvons créer (comme ce fut le cas par le passé) quelques évènements plus « classieux », avec des matchs de gala dans des lieux prestigieux, ce qui nous permettrait d’impliquer des partenaires de produits de luxe, par exemple.

Ce programme n’est-il pas un peu utopique ?

Ce programme est très ambitieux, mais repose sur une réelle réflexion bâtie à partir d’observations et d’analyses recensées auprès de tous les acteurs du monde de l’escrime ! Je pense sincèrement que nos objectifs sont raisonnés.
Certes, il existe une part de rêve dans notre façon d’imaginer l’avenir de notre sport. Mais le rêve n’est-il pas un moteur ? Ne dit-on pas : « un homme qui ne rêve plus est un homme à moitié mort » ? N’est-ce pas la même chose pour une institution sportive ?
Enfin, je voudrais ajouter que mon approche ne sera pas celle d’un simple gestionnaire de la Fédération. Je souhaite aller plus loin et adopter une attitude visionnaire de l’escrime au sein de l’ensemble du sport français.

Que souhaiteriez-vous apporter comme changements sur le plan de l’organisation de la Fédération ?

La direction d’une fédération sportive est constituée d’un binôme Président / DTN. C’est une condition sine qua non au bon fonctionnement de notre structure. Chacun doit conserver ses prérogatives tout en partageant ses points de vue. J’accorde toute ma confiance à Michel Sicard pour le poste de directeur technique et je crois pouvoir dire que la réciproque est vraie.
La Fédération est composée d’élus et de salariés. Les deux sont importants, mais je pense qu’il est primordial que le travail des uns ne soit pas en opposition avec le travail des autres. Je souhaite que chacun soit responsabilisé, et se donne des objectifs à atteindre. Dans le milieu sportif, des divergences de points de vue peuvent exister, mais cela ne doit pas aboutir à des conflits ni à de l’animosité. Il faut pouvoir justifier de ses décisions sur des éléments concrets et non sur de l’affectif.
Je crois qu’il faut faire preuve d’humilité. Chacun doit se mettre au travail, il n’y a pas de recette magique, l’expérience des uns et des autres doit être au service de l’essor de notre discipline.
J’aime à dire que ma candidature repose sur quatre valeurs : la générosité, la solidarité, le respect et la confiance. Je souhaite qu’elles soient aussi les vecteurs de notre Fédération.

Si Paris remporte l’organisation des Jeux olympiques de 2012, qu’envisagez-vous de mettre en place pour profiter de cette formidable chance pour le sport Français, et donc pour l’escrime ?

En effet, les Jeux à Paris en 2012 représenteraient une chance magnifique pour le sport français. On peut très bien imaginer bâtir une maison de l’escrime, à l’image de ce qui existe déjà pour le judo. Une salle d’escrime permanente avec un siège pour la Fédération et, pourquoi pas, celui de la Ligue de Paris, pourraient voir le jour. Il faudra également savoir profiter de cet immense vecteur de communication.

Certaines personnes affirment que le poste que vous occupez au sein de la société Adidas est incompatible avec la fonction de président de Fédération…

Sur ce point, les choses sont très simples : l’article 18-3 des nouveaux statuts de la Fédération est très clair ! Il n’y a aucun problème d’inéligibilité. De plus, une commission composée en majorité de juristes surveille et valide le bon déroulement des élections. Elle sera également garante de ce qu’aucune incompatibilité n’existe entre la fonction de Président de la Fédération et le poste qu’occupe le futur élu. Il n’y a donc aucun souci à se faire à ce sujet.
Au-delà de l’aspect juridique, il faut peut-être également se demander quel est réellement l’intérêt de chacun, et envisager les choses de manière plus pragmatique. Pour Adidas, l’escrime ne représente qu’un tout petit marché, qui, économiquement, ne pèse presque rien. Bien entendu, l’inverse n’est pas vrai, notre Fédération a besoin d’un partenaire comme Adidas.



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